Au Canada comme en Europe, on s’interroge sur les meilleurs moyens à adopter
pour s’assurer d’une utilisation judicieuse d’Internet par les jeunes. Pour
l’instant, les principaux outils de contrôle de navigation sont les filtres,
les codes de conduite volontaires pour les producteurs de sites Internet et
l’installation de réseaux intranet.
Aux États-Unis, la loi « Children’s Internet Protection Act » oblige les écoles
et les bibliothèques subventionnées par le gouvernement à installer des logiciels
de filtrage pour bloquer l’accès aux enfants à un contenu jugé inapproprié.
Bien qu’elle soit déjà en vigueur depuis avril 2001, cette loi continue de soulever
la controverse.
La problématique demeure entière. Comment contrôler adéquatement cette nouvelle
technologie? Il n’est pas facile d’instaurer des mesures de vérification tout
en ne restreignant pas l’accès à l’information.
Au Canada, une vaste enquête de notre organisme a révélé que les jeunes choisissent
Internet comme première source d’information pour leurs travaux scolaires. Une
raison de plus, pour nuancer lorsqu’il est question de contrôle du contenu d’Internet
! Les jeunes retirent beaucoup d’avantages à utiliser l’inforoute. Ils y retrouvent
une quantité incroyable de données présentées sous forme attrayante et interactive.
Pour l’instant, l’utilisation d’un intranet est l’un des moyens concrets pour
gérer l’information. L’intranet permet également aux élèves de plusieurs écoles
éloignées géographiquement de travailler sur un projet commun, d’utiliser une
base de données commune, de développer un travail coopératif entre différentes
classes. Une autre particularité d’intranet est le caractère privé de l’information
qui y est véhiculée. Différents paramètres de sécurité peuvent être déployés
selon la vocation que l’école donnera à un intranet. Il va sans dire que ces
paramètres peuvent varier d’une école à une autre.
Malgré les mesures de sécurité mises en place, les enjeux relatifs au contenu
offensant et inopportun auquel les jeunes sont confrontés demeurent entiers.
Les spécificités de l’utilisation d’un réseau intranet reliant différentes écoles
et l’accès limité ou non à Internet, nous obligent à placer un bémol sur l’implantation
d’intranet dans les écoles. Même si un jeune n’est pas exposé à du contenu inapproprié
dans son milieu scolaire, tôt ou tard, c’est à la maison ou chez un ami qu’il
peut se retrouver confronté à ce type de matériel. Alors, on revient à la case
départ…
Comment les jeunes peuvent-ils apprendre à bien gérer leur utilisation d’Internet,
à développer un regard critique sur le contenu qui leur est présenté, à connaître
et à respecter une nétiquette[1], à protéger leurs renseignements personnels
et à faire d’Internet une expérience enrichissante?
Le Réseau-Éducation Médias s’est penché sur la question et a reconnu la nécessité
de l’éducation aux médias et à Internet. Au milieu des années l990, il a adopté
une position qui insiste sur l’importance d’exercer l’esprit critique et de
développer une pensée créatrice et autonome chez les jeunes.
Dans le but de mieux comprendre ce que font les jeunes dans Internet, le Réseau
a réalisé un sondage[2] à l’échelle canadienne. Les résultats portent [...] | sur les
habitudes de navigation ainsi que les risques que courent les jeunes dans Internet.
Ce survol des habitudes permet de mieux orienter et déployer nos programmes
de sensibilisation auprès des enseignants et des parents, car nous croyons que
la participation des adultes et leur supervision en matière d’Internet ont un
effet positif sur le comportement des enfants.
Les jeunes Canadiens naviguent dans Internet le plus souvent à la maison et
quelques fois par semaine à l’école. Ils aiment utiliser Internet pour communiquer,
socialiser, s’amuser, naviguer par plaisir et chercher de l’information. Ces
activités les entraînent à développer des comportements risqués. Par exemple,
la majorité des jeunes enfants de neuf à douze ans qui utilisent les bavardoirs
le font de manière sûre, par contre, plus de la moitié des jeunes de 13 à 17
ans naviguent dans des bavardoirs privés et réservés aux adultes.
Quinze pour cent des enfants et des jeunes qui utilisent le Web ont déjà rencontré
en personne quelqu'un qu’ils avaient connu dans Internet. Certains jeunes se
sont même rendus seuls à un tel rendez-vous.
Le sondage révèle également que les enfants s'en remettent davantage à leurs
amis et à leur ingéniosité plutôt qu'à leurs parents ou à leurs enseignants
lorsqu'il est question de matériel explicite du point de vue sexuel ou à caractère
haineux. La grande majorité des jeunes qui ont reçu du "pourriel" pornographique
n'en ont d’ailleurs pas parlé à leurs parents.
Les jeunes ne reconnaissent pas l'importance de protéger leurs renseignements
personnels. En fait, 21 % des jeunes internautes ont indiqué qu'ils divulgueraient
leur nom et leur adresse pour gagner un prix. Les garçons sont plus enclins
que les filles à fournir ces renseignements.
La majorité des jeunes qui visitent des bavardoirs privés ou inappropriés à
leur âge le font à la maison, mais sans supervision (85 %) et n'ont pas de règlement
à cet égard (82 %).
Les jeunes vivent dans un environnement beaucoup moins protégé que celui dans
lequel la majorité d’entre nous avons grandi. Internet leur permet de vivre
de nouvelles expériences totalement différentes de ce qu’ils ont déjà vécues.
Certaines sont positives, d’autres nécessitent un bon jugement et un esprit
éclairé afin de bien faire la part des choses. Plus que jamais, il faut ouvrir
et maintenir un dialogue avec les jeunes pour nous assurer que nos valeurs et
notre compréhension du monde leur soient transmises. Savoir comment se servir
d’Internet en toute sécurité et avec efficacité est désormais l’une des compétences
clés à acquérir à l’école.
Les jeunes internautes se sont appropriés cette nouvelle technologie puisqu’ils
l’ont intégré dans leur vie et leurs activités quotidiennes. Cette génération
va jusqu’à un certain point définir l’avenir d’Internet et l’utilisation que
la société en fera.
Ce déplacement de pouvoir peut intimider les parents et les éducateurs qui
se sentent déjà un peu dépassés par les nouvelles technologies. Il ne faut pas
se sentir impuissant devant cette nouvelle réalité, au contraire, nous devons
nous impliquer plus que jamais. Les jeunes ont besoin de notre appui pour les
guider et les aider à donner un sens à ce nouvel environnement. |