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CdA - Le collège République est classé "zone
de prévention violence" ; mais il est aussi "ZEP" et "zone
sensible". Concrètement, quelles en sont les conséquences ?
DL - Il faut bien distinguer le label "ZEP", qui concerne l'échec
scolaire, et le label "zone sensible", qui concerne la violence scolaire.
Concrètement, l'ensemble de ces labels nous apporte plus de moyens en
personnel d'encadrement (plus de surveillants, et un recrutement plus large
des aide-éducateurs) et plus d'heures dans la DHG. Plus spécifiquement,
dans le cadre de la "prévention violence", nous bénéficions
d'une coordination avec les autres institutions ou les associations de quartier.
Lors des réunions de la "cellule de veille", qui concerne les
différents quartiers de Bobigny, nous rencontrons notamment :
- la police ;
- des membres de la PJJ (protection judiciaire de la jeunesse) ;
- les bailleurs (représentants des HLM, propriétaires ou gardiens
de cités) ;
- les associations de quartier ;
- des membres de la municipalité et du département ;
- la justice (tribunal d'instance de Bobigny) ;
Il s'agit de faire le point sur ce qui est entrepris au niveau de chaque quartier,
sur les derniers incidents... la dernière fois par exemple, j'ai appris
que dans l'une des cités, les enfants organisaient des parties de "rodéo"
(avec des motos volées de la cité voisine)... la police nous tient
au courant de ses actions, on réfléchit sur la manière
de collaborer en fonction du contexte.
CdA - Est-ce que des partenariats naissent de ces réunions de
la cellule de veille ?
DL - Oui, avec la police notamment, surtout au niveau de la prévention.
On rencontre des gens motivés qui sont prêts à s'investir.
Ca nous facilite la tâche ; par exemple, au mois de novembre dernier,
quand les faits violents au collège ont commencé à devenir
plus fréquents, j'ai demandé qu'il y ait une présence aux
heures de sorties de cours importantes, quand il y avait de grands mouvements
d'élèves. Les gens de la résidence de personnes âgées
qui est à cinquante mètres du collège se plaignaient, les
enfants venaient se battre là-bas. La police a donc suivi et est venue
surveiller. En outre, ils nous donnent des informations qui nous permettent
d'anticiper les tensions ; par exemple, le commissaire de Bobigny nous
informe qu'un trafic de drogue a été démantelé mais
que la situation risque de générer des conflits. Ou bien ils nous
préviennent qu'ils vont procéder à de nombreux contrôles
d'identité, pour suivre les dernières directives de leur ministère,
et que cela peut créer des tensions.
La police vient également faire des animations pendant les heures de
vie de classe, pour dialoguer avec les élèves et faire avec eux
le point sur un certain nombre de choses. Mais cela existe depuis le début
des années 1990 et dépasse le cadre des partenariats actuels.
CdA - Quelle organisation a été mise en place à
l'intérieur du collège pour faire face à la violence ?
DL - On essaie de cadrer aux maximum les élèves, au risque d'aller
à l'encontre du développement de leur autonomie. Malheureusement,
l'expérience montre que si on leur laisse trop d'autonomie, ils s'en
rendent compte tout de suite et en abusent très rapidement. Par exemple,
mardi dernier, il n'y avait qu'un CPE (les autres étaient en formation)
et beaucoup de profs absents, et il y a eu des dégradations dans les
bâtiments (des tags). Dans ce cas d'ailleurs, on fait de notre mieux avec
le concours de l'intendante pour que les traces disparaissent immédiatement,
afin de ne pas encourager l'imitation. Aujourd'hui les murs sont intacts.
CdA - Quel processus s'enclenche dès lors qu'un élève
a commis un acte répréhensif ?
DL - L'adulte témoin prévient la vie scolaire. On lui demande
immédiatement un rapport écrit, puis on convoque aussitôt
l'élève. Il est isolé, on lui demande alors de rédiger
sa version des faits (voir la lettre
d'excuses type) ; il doit tout expliquer en détail, expliquer où,
quand, pourquoi cela s'est passé, et quelles en sont les conséquences.
On recueille d'ailleurs généralement des textes plutôt longs,
il est rare qu'à cette occasion les élèves ne mettent que
trois lignes. Puis dans une discussion avec l'élève, on confronte
les deux écrits (le sien, et le rapport de l'adulte). Globalement, ils
reconnaissent leurs bêtises assez rapidement.
Seuls les plus durs, ceux qui ont l'habitude des interrogatoires de la police,
restent muets : "Je n'ai rien fait, je n'ai rien vu".
Mais ils sont peu nombreux. Dans ce cas, on fait appel au sens civique des autres
élèves témoins, on leur demande à eux d'écrire
leur version des faits, de façon anonyme pour qu'ils ne soient pas menacés
de représailles, jusqu'à ce qu'on récupère suffisamment
[...] | d'informations pour décider d'une sanction.
CdA - Comment est définie la sanction ?
DL - Pour la sanction, nous nous basons sur une
grille indicative. L'objectif est de n'être pas trop laxiste, mais
de ne pas tomber dans l'excès de sévérité. Cette
grille nous permet de nous situer et d'harmoniser les sanctions et la tolérance
de chacun. Ensuite, on l'adapte au cas par cas. La sanction est personnalisée
selon le passé de l'élève et sa situation.
Le problème en effet, c'est que tous les adultes du collège n'ont
pas le même seuil de tolérance. Derrière le mot "violence",
nous ne mettons pas tous la même chose, cela dépend de notre propre
expérience. Cela est particulièrement frappant avec les jeunes
collègues qui arrivent au collège, généralement
pas originaires de Seine-Saint-Denis, qui ont parfois des réactions très
différentes. Certains sont outrés pour peu de choses, d'autres
au contraire laissent passer des insulltes graves à leur égard
en ne les sanctionnant que d'une heure de retenue par exemple.
Si le cas est grave, il y a deux solutions : soit il manque des éléments,
et l'on prend une mesure conservatoire en renvoyant l'élève chez
lui jusqu'à ce qu'on obtienne tous les éléments nécessaires,
soit tout est clair et la sanction est prise immédiatement. On avertit
la famille, et le lendemain on prononce une exclusion, ou une "exclusion-inclusion".
CdA - En quoi consiste l'exclusion-inclusion ?
DL - L'élève est exclu de cours un ou plusieurs jours, mais il
est tenu de se présenter au collège. A l'origine, il était
censé être pris en charge par un "tuteur", généralement
un aide-éducateur qui devait l'aider à enclencher un processus
de réflexion sur ce qui avait eu lieu, à en percevoir les causes
et conséquences et à sortir de la spirale de la violence. Mais,
faute de formation, de motivation ou de temps, ce système s'est révélé
peu efficace. On s'est aperçu qu'il y avait plus de récidive dans
les cas d'exclusion-inclusion que dans les cas d'exclusion simple.
CdA - Est-ce qu'il n'y a pas aussi un système de tutorat suite
à un conseil de prévention ?
DL - Oui, c'est un système qui peut marcher, sauf qu'on ne donne pas
à boire à un âne qui n'a pas soif. Le principe, c'est que
l'élève doit choisir un tuteur parmi tous les adultes du collège.
Il doit alors le voir une fois par semaine, pour lui rendre compte de son comportement
pendant la semaine et en discuter avec lui. Il y a eu quelques bons résultats,
mais le plus souvent l'élève ne venait pas lors du rendez-vous
hebdomadaire, bien qu'il ait choisi son tuteur, et nous avons finalement été
obligés d'abandonner cette solution.
CdA - Et en ce qui concerne la prévention ?
On se sert des heures de vie de classe : nous allons nous-mêmes dans
les classes (les CPE), pour discuter avec les élèves et faire
le point sur les problèmes de violence. Mais cela reste rare, car nous
avons chacun quinze classes à charge.
Il y a aussi les surveillants ; leur présence est essentielle,
car ce sont les premiers "au front". Dans la mesure du possible, ils
dédramatisent les problèmes dès leur apparition, recadrent
les élèves, notamment ceux qui "s'amusent" à
se taper dessus (deux fois sur trois cela finit en bagarre).
CdA - Et puis il y a l'observatoire de la violence ?
DL - Oui. A l'origine, c'était une idée de l'ancien principal,
que nous avons maintenue ; il s'agissait de noter systématiquement
tous les faits ayant donné lieu au moins à un avertissement avant
exclusion. Cela permet d'avoir des statistiques précises sur l'année,
sur la nature des faits, sur les profils d'élèves. Il est vrai
qu'ensuite il y a eu une demande institutionnelle, puisque tous les établissements
sensibles doivent faire remonter ce type de données par le biais d'une
plate-forme de saisie en ligne. Nous avons toutefois continué en parallèle
nos propres observations.
Lorsqu'on prend le temps de dépouiller toutes ces données, on
se rend compte avec le recul qu'il y a une différence sensible entre
ce que nous ressentons sur le coup, aux moments où nous prenons en charge
les actes de violence, et puis l'objectivité des chiffres.
Voici par exemple un graphique qui représente le pourcentage de faits
ayant donné lieu au moins à un avertissement au premier trimestre
2002-2003, en fonction de la nature des faits :
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