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Avant tout nous tenons à remercier les 940 personnes qui ont répondu au sondage
que nous avons mis en place il y a une semaine. Ce chiffre, impressionnant,
vu la brièveté de l'enquête (moins de 48 heures), est révélateur de votre engagement
à nos côtés pour essayer de faire avancer les questions d'éducation. Ce
chiffre est aussi révélateur de l'importance que vous accordez à la question
de la violence scolaire. Cela prouve qu'il y a au sein de la communauté des
enseignants un grand nombre d'entre nous qui souhaitent aborder clairement ces
questions et surtout essayer de comprendre. Nous vous livrons ci dessous, au-delà
des chiffres, quelques commentaires.
En premier lieu, les réponses sont assez représentatives de la dispersion géographique
puisque tous les secteurs sont représentés. 21,2% des réponses nous viennent
d'enseignants qui travaillent dans des banlieues dites populaires et 32,7% des
centres des villes. La violence concerne tout le monde.
La surreprésentation des collèges dans nos réponses (40,5%) par rapport aux
autres est révélatrice de la tension qui règne à ce niveau d'enseignement. Cependant
il faudra rapporter ce sondage à la proportion nationale. Les 16,9% de réponse
de l'enseignement primaire montrent que cette question concerne tous les niveaux
de la scolarisation. Notons enfin pour ce qui concerne la description de la
population qui a répondu à ce sondage que la moyenne de 16 années d'ancienneté
dans l'enseignement indique l'expérience des personnes qui nous répondent.
La définition de la violence scolaire est un préalable important à un
travail sur celle-ci. En l'occurence les coups réellement portés ou échangés,
une agression physique sont le premier signe de la violence (coup 91%, bagarre
86%). Ils sont suivis par les injures et menaces verbales (86 % 85 %). La violence
scolaire est en premier lieu un acte tangible. Cependant vous avez été 182 à
donner aussi d'autres éléments pour qualifier la violence et l'on peut y remarquer
l'importance du mot racket, des expressions de la discrimination (sexisme, racisme,
antisémitisme), et de la "petite violence" quotidienne (intimidation des "bouffons"
etc.) qui semble anodine. La violence de l'institution envers les enfants est
également mentionnée.
On parle souvent de l'autorité de l'enseignant comme d'un élément permettant
d'endiguer les violences dans la classe. Vous êtes très nombreux (800) à avoir
répondu à nos demandes d'éclaircissement. L'omniprésence du terme "respect"
montre que la plupart d'entre nous se situe dans une autorité fondée sur une
qualité de relation et pas seulement sur une posture de pouvoir. D'ailleurs
la notion de cadre posé et rappelé semble importante mais dans la mesurer où
c'est à l'intérieur d'un cadre que peuvent se poser les questions essentielles.
Calme, écoute et respect sont les trois indicateurs principaux de l'autorité.
On retrouve dans une moindre mesure le travail et l'obéissance d'un coté, mais
aussi le charisme, souvent cité en clair ou en filigrane des réponses. L'autorité
est une notion difficile et il faut prendre garde à ne pas aller trop vite dans
l'analyse de nos réponses. On peut cependant noter que notre enquête montre
que l'autorité est aujourd'hui considérée comme un élément négocié et non pas
un élément imposé de la relation maître élève.
L'arrivée au pouvoir d'un gouvernement qui a axé sa politique sur le
sécuritaire n'a semble-t-il pas permis une diminution significative des violences
scolaires : " Depuis la rentrée scolaire de Septembre dernier avez vous le sentiment
que la violence dans votre établissement scolaire ( 894 réponses a cette question
)
- augmente 23.2% (soit 207 votes)
- est identique 69.2% (soit 619 votes)
- diminue 7.6% (soit 68 votes)
L'action du gouvernement en matière de lutte contre la violence scolaire ne
semble pas être perceptible au sein des établissements scolaires (sauf pour
5% des personnes ayant répondu), elle semble même avoir eu un effet négatif
pour 18% des personnes.
Ce sentiment d'augmentation de la violence scolaire peut apparaître inquiétant
et ce d'autant plus que la violence est souvent au centre des échanges entre
enseignants (près de 70%). Cependant, et il faudrait y voir de plus près. On
remarque que 16,5% des établissements sont considérés comme ayant à vivre
beaucoup de violences. Il semblerait que la violence se concentre sur certains
établissements, et que la grande majorité aient à vivre des violences mais de
façon plus [...] | occasionnelle.
Le pourcentage d'établissements ayant mis en place des actions collectives
sur la violence est, d'après les réponses reçues de 30% environ. Ce chiffre
qui peut paraître relativement faible est en réalité élevé et vient renforcer
l'idée d'une concentration de la violence et de son traitement dans certains
établissements (une étude de corrélation sera menée par la suite). La variété
des actions menées est impressionnante. Elle fera l'objet d'une analyse spécifique.
On notera simplement que les établissements sont engagés dans un certain volontarisme
qui mérite d'être signalé, car il montre la volonté des enseignants de s'impliquer
dans le traitement de ces questions, mais en lien avec un encadrement "fiable".
Généralement, ces actions visent à donner la parole aux élèves, à les associer
aux décisions.
La suite des questions qui concernent l'action interne en matière de traitement
de la violence, de la parole des élèves et de règlement montre une forte cohérence.
La plupart des établissements (70% environ) fonctionnent de façon satisfaisante
(dans la mesure où les instances sont mises en place et fonctionnent). Presque
un lycée sur deux (41%) dispose d'un Conseil de la vie lycéenne qui fonctionne.
Un chiffre important pour un dispositif aussi récent et qui illustre cette volonté
de dialogue.
Les causes de la violence seraient surtout liées au contexte économique
et à l'éducation familiale. On remarque que les médias sont moins cités
que la vie quotidienne et l'environnement proche. C'est la responsabilité des
adultes, et en particulier celle des parents qui est ici mise en cause. La variété
des réponses laissées libres permet cependant de percevoir que le rôle de
la famille est perçu comme un élément principal, associé à la responsabilité
globale des adultes qui dirigent, choisissent, proposent aux jeunes un univers
pour se développer. Cet univers est parfois considéré comme une incitation à
la violence, celle-ci n'étant autre qu'une expression "en retour".
Concernant la façon de répondre à la violence, 83,3% pensent que l'école
peut apporter des éléments de réponse. Mais il y a divergence sur les priorités.
Le règlement intérieur reste la première réponse pour la moitié des enseignants
(45% des réponses favorables) et la pédagogie pour 55%. Une question plus ouverte
(et bien renseigné : 565 réponses) montre cependant qu'entre l'école, le contexte
économique et les familles, les avis sont partagés. La difficulté de la réponse
à la question des causes tient au fait qu'elles ne peuvent être considérées
isolément. Cependant, il nous a semblé important d'essayer d'identifier les
leviers sur lesquels certains souhaiteraient agir afin de mieux comprendre la
perception que chacun a de la violence scolaire. D'ailleurs la dernière question
de notre questionnaire concernant les actions prioritaire apporte des réponses
sans appel, mais assez complémentaires.
En premier il convient de permettre des projets (65,1%) et de la parole
(62%), mais en second cela doit s'appuyer sur un cadre ferme, a base de
surveillance (48,4%) et de sanction (20,6%). On retrouve dans ces réponses,
comme dans les commentaires qui ont été rédigés, le même souhait d'un équilibre
entre l'encadrement réglementaire et l'implication collective dans un projet
pédagogique.
Il semble bien que l'on puisse apporter comme premier regard sur notre enquête
celle d'un équilibre fragile entre la nécessité de règles précises appliquées
et l'implication collective dans l'école mais aussi au delà. Certes l'école
ne peut résoudre seule les problèmes, mais elle apporte un élément central dans
la mesure où elle reste un lieu de référence pour tous les jeunes et aussi pour
les familles.
Les enseignants qui ont répondu à notre sondage ne baissent pas les bras,
loin de là. Au contraire, ils sont conscients de l'importance de l'enjeu.
Une note désagréable doit être faite, il semble qu'il y ait des établissements
qui souffrent particulièrement. Ils sont assez nombreux (entre 20 et 30%). Certes
il existe les ZEP et les REP, mais ceux-là sont-ils dans cette catégorie ? N'y
a-t-il pas une marginalisation progressive de la violence scolaire dans des
zones délimitées et identifiées ? On pourrait penser que notre cadre de vie
est porteur de ce genre de tendance communautariste et excluante. Il faut y
regarder de plus près si l'évolution que l'on peut lire ici est celle de l'exclusion
progressive de certaines zones qui seraient abandonnées à la fatalité économique.
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