Flash du 25-10-2006
Commandé en avril 2006, le rapport de la Commission du débat national université – emploi, présidée par le recteur Hetzel, doit apporter des réponses à l'angoisse des étudiants et des lycéens devant leurs difficultés d'accès à l'emploi. Sensé éteindre les feux de la lutte anti-CPE, il risque pourtant de mobiliser les lycéens et les étudiants.
Un rapport nécessaire."Les taux d’échec dans certaines filières, ou l’existence d’effectifs importants dans des filières avec très peu de débouchés, constituent un gâchis humain et fragilisent l’ensemble de notre système d’enseignement supérieur" Le rapport Hetzel a évidemment raison de souligner le fort taux d'échec dans l'enseignement supérieur : 80 000 sorties sans diplôme .universitaire par an, un étudiant sur trois contraint de redoubler ou se réorienter. La situation des bacheliers technologiques et professionnels est encore pire. Seulement 39% des premiers réussissent à décrocher un Deug. Un taux qui descend pour les seconds à 17% ! Il est évident qu'une réaction s'impose devant un tel gâchis.
Mais, puisque le rapport prétend apporter une réponse au problème de l'accès à l'emploi, il faut souligner que ces chiffres, issus du rapport, ne résument pas la situation de la jeunesse lycéenne et étudiante. En mars 2006, au début des manifestations du CPE, quelques mois après la révolte des banlieues, le sociologue Louis Chauvel dénonçait "le sacrifice des jeunes". "Les nouvelles générations connaissent une désespérance profonde et leur soutien au système se délite progressivement : les adolescents des banlieues voient qu'ils n'ont rien à attendre ; les étudiants en licence constatent que leurs diplômes ne leur donnent pas la place que leurs parents auraient eue avec un baccalauréat". Les étudiants ne souffrent pas que de difficultés d'orientation. Ils sont d'abord victimes de l'inflation scolaire qui diminue fortement la valeur de leur diplôme et les contraint à des études de plus en plus longues sans forcément décrocher de diplôme ou de perspectives d'emploi intéressantes. Or il faut bien remarquer que le rapport évacue cette question ou plutôt qu'il la traite de façon déflationniste.
La tentation de la sélection. Car Villepin a beau promettre qu'il refuse la sélection (" Pourquoi entrer dans une logique de sélection? L'essentiel est de faire de tous les diplômes universitaires un passeport de la réussite" affirme le premier ministre dans Le Monde), le rapport Hetzel met fin au bac ticket d'entrée dans le supérieur. Il demande à ce qu'on identifie dès le second trimestre de terminale les élèves qui n'ont pas leur place en université. S'ils s'obstinent et franchissent les obstacles, un bilan les guette à la fin du premier semestre universitaire avec une décision sans appel. Assez hypocritement, le rapport peut promettre qu'il n'y aura pas de sélection à l'entrée en université. Celle-ci est repoussée 3 ou 4 mois après la rentrée universitaire.
Ainsi le rapport Hetzel, s'il était suivi, transformerait profondément la nature du bac et ramènerait les bacs technologiques et professionnels au statut de grades non-universitaires.
Car le problème c'est d'abord les bacheliers technologiques et professionnels. Il apparaît clairement dans le rapport que tout sera fait pour leur barrer l'entrée en université. Cette intention était déjà fortement perceptible avant la publication du rapport dans les annonces ministérielles sur la procédure d'inscription mise en œuvre cette année.
Il faut reconnaître au bénéfice de ce rapport qu'il ne partage pas l'hypocrisie des déclarations ministérielles qui affectent de croire que ces bacheliers arrivent en université par manque d'informations. En réalité, la plupart de ces jeunes savent à quoi ils s'attendent et s'inscrivent en université un peu n'importe où parce qu'ils n'ont pas trouvé de place en IUT ou en STS. Il faut donc saluer le rapport Hetzel quand il demande d'augmenter de 50 000 unités le nombre de places dans ces filières. Dans les perspectives budgétaires actuelles de l'enseignement secondaire on peut douter qu'il soit écouté.
En même temps il faut se demander si cela suffirait pour répondre aux demandes des étudiants. Car le taux d'échec des bacheliers professionnels en STS est de 60%. Celui des bacheliers technologiques en DUT est de 45%. Des taux qui ne sont pas si différents que cela du taux d'échec en université.
Réformer pour ne rien changer. D'autres perspectives s'offraient-elles ? Sans doute une réforme de l'enseignement professionnel et technologique pour faciliter l'intégration de ses élèves dans l'enseignement supérieur court ou long. Quelque chose qui n'est pas forcément utopique puisque, par exemple, la récente réforme de la série STG, la principale filière technologique, est justifiée par cet objectif.
En préférant la sélection grise des conseils au diplôme national, en "oubliant" la question de la misère étudiante (source d'1 abandon sur 10), en n'offrant aucune perspective sérieuse aux lycéens technologiques et professionnels et en laissant planer la menace d'une sélection à bac + trois mois, le rapport Hetzel semble avoir accumulé les risques.
Alors que la France se singularise déjà par un faible nombre d'étudiants dans les filières supérieures longues et un pourcentage élevé de jeunes dans le supérieur professionnel, le dogme de la professionnalisation ne semble pas capable d'aider les jeunes à améliorer leur accès à l'emploi. Les jeunes méritent mieux que la sélection précoce et plus ou moins occulte.
" Les taux d’échec dans certaines filières, ou l’existence d’effectifs importants dans des filières avec très peu de débouchés, constituent un gâchis humain et fragilisent l’ensemble de notre système d’enseignement supérieur. Les propositions que nous formulons dans le cadre de la commission Université-Emploi, visent à réduire drastiquement les taux d’échec en redéfinissant les procédures d’orientation pré et post Bac et à améliorer la dimension professionnelle des formations universitaires par le rapprochement durable de l’université et du marché de l’emploi". Remis au premier ministre le 24 octobre, le rapport Hetzel "De l'université à l'emploi" demande une refonte de l'orientation des étudiants pour améliorer le lien entre entreprises et université.
Relevant le fort taux d'échec en université (80 000 sorties ans diplôme universitaire, un étudiant sur trois qui redouble ou se réoriente à la fin de la 1ère année de fac), le rapport veut apporter des réponses immédiates : certaines pourraient être mises en place dès juillet 2007. Une partie des mesures préconisées par le rapport, comme l'instauration d'un dossier unique d'orientation visé par le conseil de classe, avaient d'ailleurs été annoncées par le ministre de l'éducation nationale fin septembre. Elles devraient arriver dans les lycées dès la fin 2006 :
Dès la terminale, le dispositif d'orientation est revu. Le rapport prévoit une séquence d'orientation qui englobe pré-bac et post bac et couvre les 18 mois de terminale et du premier semestre de fac. Au cours du premier trimestre de terminale, l'élève est sensibilisé à son orientation post bac. En février, chaque élève constitue un dossier unique d'accès à l'enseignement supérieur. En mars, chaque lycée réunit soit une commission d'orientation soit un conseil de classe élargi à des représentants de l'université et des entreprises. Sur la base du dossier de l'élève il se prononce sur les voeux de l'élève. " Le dossier unique d’accès à l’enseignement supérieur comportera un avis du conseil de classe. Les rubriques seront les suivantes : filières STS, filières IUT, filières universitaires hors IUT, CPGE. Pour chacune de ces catégories, le conseil de classe donnera un avis : favorable – réservé – défavorable". Le futur étudiant sera informé sur les taux de réussite dans les filières universitaires.
Le rapport demande que soient pris des décrets privilégiant l'accès des bacheliers professionnels en STS et les bacheliers technologiques en IUT.
Il envisage également d'utiliser les TPE de première pour faire travailler les lycéens sur leur orientation.
En juillet, après le bac, les élèves s'inscrivent en université. Ceux qui sont identifiés comme "posant un problème d'orientation" passent devant une commission universitaire qui leur fait d'autres propositions. "En tout état de cause, c'est l'étudiant qui conserve la possibilité de choisir sa formation" assure le rapport. Mais un contrat est établi entre l'étudiant et l'université. " Chaque université restera libre d’élaborer ses propres contrats types. Ils comporteront explicitement les obligations réciproques. Ce contrat engagera les deux parties à l’élaboration d’un projet de formation et d’insertion".
Cependant, à l'issue du premier trimestre un bilan est effectué. Il débouchera soit sur la poursuite des études, soit sur un redoublement du premier semestre, soit sur une réorientation. Ce qui est privilégié ici c'est la réorientation des lycéens de L.P. vers les STS et celle des bacheliers technologiques vers les IUT. Le rapport demande qu'on ouvre 50 000 places supplémentaires en 5 ans dans ces filières. Seront privilégiés également les dispositifs de formation par alternance.
Professionnaliser les universités. Le rapport préconise également de renforcer les liens entre le monde professionnel et les universités. Par exemple il souhaite rendre obligatoire un module "projet professionnel personnalisé" dans toutes les licences ou encore inciter les universités à développer des dispositifs qui permettent de combiner études et travail.
Le rapport se fixe un délai de 5 ans pour atteindre ses objectifs. " Les conditions minimales du succès consistent à mobiliser plus de moyens et de les assortir de véritables dispositifs d’évaluation. Un plan sur plusieurs années est souhaitable (probablement cinq ans) car la mise en œuvre efficace du rapprochement Université/Emploi ne peut probablement se faire que par la juxtaposition d’objectifs à long terme et d’évolutions programmées".
Le rapport (pdf)
Pour lire les pdf
"Nous allons instaurer un dossier unique d'orientation pour chaque élève : il lui permettra sur une base volontaire d'être éclairé dans ses choix, dès la troisième et jusqu'en terminale" Dans un entretien accordé au Monde, le premier ministre annonce l'élaboration d'un dossier d'orientation dès la classe de 3ème.
Article du Monde
En novembre 2005, le séminaire d'Amiens sur l'accompagnement scolaire avait annoncé le lancement de projets labellisés par l'éducation nationale pour offrir aux enfants des familles modestes des services d'accompagnement scolaire. Un peu moins d'un an plus tard, le ministère a retenu 8 projets dont celui du Cned et de l'opérateur privé Maxicours. Présenté à la presse éducative, "MaxiCned" a l'avantage d'être un dispositif déjà en test dans 3 académies : Amiens, Toulouse et Poitiers.
Pour ses initiateurs, MaxiCned veut "mobiliser contre l'échec scolaire". Il est destiné aux écoliers du cycle 3 qui sont fragiles au moment d'aborder le passage en 6ème. Il peut être utilisé par les associations de soutien scolaire.
Il est composé de 4 modules. Le premier propose des aides pour s'entraîner (une centaine d'activités) et apprendre à organiser son travail. Le second module offre des séquences vidéos courtes et efficaces (environ 150) qui couvrent les principaux points des programmes. La troisième partie donne accès à des outils de suivi où l'élève peut observer ses progrès. Enfin la quatrième partie permet de contacter un tuteur : MaxiCned s'engage à apporter des réponses pertinentes.
L'offre s'adresse prioritairement aux conseils généraux et aux municipalités des grandes agglomérations.
MaxiCned
Les projets labellisés (pdf)
Reportage sur le séminaire d'Amiens
Exclu des formations de l'Esen, Roland Goigoux est-il à nouveau victime de la vindicte ministérielle ? Selon l'AFP, une formation d'inspecteurs qui était prévue à Paris en novembre vient d'être annulée. Pour R. Goigoux, le motif réel de l'annulation c'est tout simplement sa présence.
Dépêche AFP
Rappel: l'affaire Goigoux
Selon 7 sur 7, des arrêts de travail sont annoncés dans les écoles belges de la Communauté française à partir du 13 novembre. Les syndicats réclament des négociations sur la convention sectorielle.
Article 7 sur 7
"Certes, il y a l'obligation, la commande de l'Etat, les enquêtes édifiantes. Et il y a aussi, pour convaincre les professeurs pratiquant peu les nouvelles technologies, la théorie du maître ignorant, qu'on écoute avec attention dans les lycées professionnels notamment. Celle qui nous pousse, quand l'élève nous demande par exemple d'attester qu'il sait utiliser un autre périphérique que celui qui est paramétré par défaut à ne pas faire la sourde oreille. Au lieu de lui répondre "ce n'est pas ma spécialité et je ne peux pas attester quelque chose que je ne sais pas faire" certains répondent "je veux bien te croire mais montre-moi ou explique-moi comment on fait ça". Un élève qui a l'occasion d'apprendre quelque chose à son enseignant et de se faire attester par lui une compétence a plus de forces ensuite pour affronter les frustrations que génère parfois la situation d'apprenti..." Sur le blog du Café, enseignants et formateurs échangent sur l'arrivée du nouveau B2i dans les lycées, ou au collège ou à l'école.
Participez au blog B2i
Le Centre Alain Savary (INRP) organisait deux journées d'étude les 18 et 19 octobre, à destination des professionnels des dispositifs relais, sur la question " Dispositifs relais et familles : quels enjeux pour la réussite des élèves ?". Entre reconnaissance et hostilité, entre confiance et résistance, les rapports familles – enseignants semble ambigus. La perception finale du dispositif relais par les parents dépend du devenir de leur enfant à la sortie de celui-ci.
Compte-rendu
Et si on profitait des vacances pour jouer de/avec la musique ? La Cité de la musique propose des stages d'initiation aux instruments de musique du monde aux enfants à partir de 4 ans. En 3 jours, ils observent puis construisent un instrument qu'ils emporteront. Ils sont initiés au jeu de certains instruments : gamelan indonésien, tabla indien, percussions africaines etc.
A découvrir également de nouvelles activités : la fanfare (pour les 7 – 11 ans), le jeu de l'oie musical (4-6 ans) ou les guitares éclectiques (7-11 ans).
Le programme
"Que dit la loi sur le cannabis ? J'ai été racketté à l'école, que faire ? Comment porter plainte ? Qui va s'occuper de moi si mes parents se séparent ? Qui paye la pollution ? Peut-on franchir une frontière sans papiers ? Qu'est ce qu'un crime contre l'humanité ? " Ecrit par deux magistrats, très agréablement illustré par Muzo, "Vous avez dit justice" apporte des réponses aux questions que les adolescents peuvent se poser sur leurs droits et la justice.
L'ouvrage très concret s'appuie sur des exemples et fait découvrir la Justice en action. Il présente la chaîne pénale et le fonctionnement d'un tribunal. Il apporte des réponses claires aux questions qui peuvent faire l'objet de débats en classe et particulièrement en ECJS. Au-delà il apporte des informations utiles sur des points qui ne seront jamais abordés en classe. L'humour qui parsème l'ouvrage participe à sa façon à la clarification du droit.
Marie Brossy Patin, Xavier Lameyre, Muzo, Vous avez dit justice? 150 questions/réponses pour comprendre les rouages de la justice, Paris, La Documentation française, 2006, 176 pages.
Commander
Repoussé en Angleterre, le baccalauréat sera mis en place dès 2007 au Pays de Galles, annonce le Guardian. Il existera à coté des examens classiques. A la différence de ceux-ci, le bac gallois peut inclure des épreuves dans n'importe quelles matières et offrir ainsi une possibilité de diplôme à tous les jeunes.
Article du Guardian
Il sera question du féminisme les 4 et 5 novembre à la Sorbonne lors de deux journées de débats organisées par l'Alliance des femmes pour la démocratie, une association co-fondatrice du MLF. Parmi les intervenants : Kate Millett, Alain Touraine, Edith Cresson, Simone Veil, Taslima Nasreen etc.
Le programme
Un stage aux Etats-Unis ? Une trentaine de stagiaires d'histoire-géographie vont pouvoir bénéficier d'un nouvel accord franco-américain signé le 24 octobre. Ils pourront effectuer leur stage pédagogique aux Etats-Unis au premier trimestre 2007. La réciproque sera offerte à de jeunes étudiants américains.
Communiqué
L'équipe des Cafés d'histoire de la région Centre lance un nouveau défi : marier les plaisir de la connaissance historique à ceux de la bouche. Du 21 au 26 novembre, ils proposent à Tours 5 rendez-vous organisés autour d'un produit culinaire. Le 21 novembre, la cuisine de l'Orient et du Maghreb sera à l'honneur avec M. Habib Oubahli (Ehess) et M. Bey. Gilles Fumey animera le 24 novembre un café sur le whiskey. Et les 25 et 26, Jean-Paul Hébert (Ensia) évoquera avec un brasseur l'histoire de la bière.
Le programme
Pendant près de 13 siècles, écrit Michel Tichit, le mythe des Amazones a traversé les littératures antiques. Il est resté vivant dans les littératures médiévales et modernes et nous permet ainsi de mieux connaître les civilisations antiques et le monde moderne. Le dossier de M. Tichit permet de découvrir un des mythes fondateurs de la civilisation européenne.
Les amazones
Quelques heures après Internet Explorer 7, le navigateur libre Firefox 2 est disponible au téléchargement. Cette nouvelle version dispose d'un dispositif anti-phishing, d'un éditeur avec correcteur orthographique, de capacités de recherche améliorées et d'une meilleure gestion des flux RSS.
Téléchargez
Du 25 au 5 novembre, L'Expresso prend quelques vacances. Les flashs ne seront plus quotidiens mais interviendront en fonction de l'actualité. Et nous vous donnons rendez-vous le 1er novembre pour la publication du Dossier du mois.
Si vous découvrez Le Café Pédagogique, sachez que vous pouvez recevoir chez vous dès parution et gratuitement le texte du "Café".
Vous pouvez également recevoir gratuitement chez vous chaque matin avec "L'Expresso" un flash quotidien d'actualité pédagogique.
Pour cela abonnez-vous à la liste "Expresso".
Vous abonner est une façon de nous soutenir.
Page abonnement
Le fil RSS du Café
L'Expresso sur votre téléphone portable